« Shanghai Universelle »

En ce mois de novembre maussade et pluvieux, la Galerie Lipo-Huang nous emmène dans l’effervescence d’une des plus grandes mégapoles mondiales, située à l’extrémité sud-orientale de la Chine, Shanghai. Bruno Barbey, célèbre photographe français de l’agence Magnum considéré comme l’un des pionniers du reportage en couleur, nous propose une immersion dans cette ville en pleine expansion qui a accueilli très récemment l’Exposition Universelle de 2010, à travers une vingtaine de clichés répartis entre les deux salles de la galerie. La plupart d’entre eux a été réalisée au printemps et à l’été 2010, mais certains datent de 1980 et sont inédits.

Bruno Barbey est un habitué de la Galerie Lipao-Huang ; il a en effet participé aux « Femmes au pays du matin calme » et à « Made in India », respectivement en février et mai 2010, mais c’est la première fois qu’une exposition lui est entièrement consacrée entre ces murs.

Le parcours débute avec plusieurs vues nocturnes de bâtiments aménagés pour l’Exposition Universelle, comme celui d’Expo Axis, situé à l’entrée du site, ou celui de la Communication informatique, tout de lumières vêtus. Les prises de vue sur ce thème se succèdent, certaines avec des visiteurs patientant devant les installations ou flânant entre elles, une autre avec des soldats de l’armée populaire de la libération (PLA) défilant devant le pavillon de la Chine.

L’humour n’est pas non plus absent du travail de Bruno Barbey avec une mise en abime d’un photographe en plein travail ou la photographie de photographies, ainsi que plusieurs trompes-l’œil mettant en scène des affiches plus vraies que nature.

Outre l’Exposition Universelle, le photographe nous présente quelques instants de vie des Shanghaiens à travers des images du quotidien : sortie du métro, ballade en amoureux le long du Bund, partie de mah-jong ou construction d’un édifice par des ouvriers. La poésie de ces moments contraste avec la construction rigoureuse de l’espace photographique. Le regard de l’artiste révèle la beauté des structures métalliques des édifices, magnifiées par les jeux de lumière(s) et donne une sensibilité nouvelle à des choses ordinairement triviales. Deux ouvriers près de l’Oriental Pearl à Pudong qui en est sans aucun doute l’exemple le plus remarquable, incarne à lui seul toute cette poésie urbaine.

En quelques clichés, le visiteur est entrainé d’un cadre urbain ultramoderne à un décor de ruelles insalubres renfermant des bâtiments en piteux état dans un quartier populaire de la ville. Si l’exposition fait la part belle à l’architecture et à la ville, la dimension humaine, sous forme de groupes ou de personnes solitaires, de portraits ou de silhouettes, n’est pas moins omniprésente. Tous ces anonymes, marchands ambulants, jeunes mariés, ouvriers ou musiciens des rues, incarnent les différents visages, les multiples facettes de la Chine actuelle, en pleine mutation. La modernité matérialisée par une architecture futuriste aux éclats métalliques côtoie les traditions, incarnées par ces vieux joueurs de mah-jong ou par ces jeunes mariés posant en costume traditionnel ancien de couleur rouge.

Ainsi s’achève notre incursion dans la ville chinoise la plus occidentalisée, la « Perle de l’Orient » (du nom de la tour de télévision érigée dans le district de Pudong et achevée en 1995).

Par ailleurs, cette exposition s’inscrit dans le cadre du « Parcours Photos de Saint-Germain-des-Prés » qui réunit trente expositions autour de la photographie du 04 au 30 novembre 2010.

Florianne Le Thiez Carotenuto

En ce mois de novembre maussade et pluvieux, la Galerie Lipo-Huang nous emmène dans l’effervescence d’une des plus grandes mégapoles mondiales, située à l’extrémité sud-orientale de la Chine, Shanghai. Bruno Barbey, célèbre photographe français considéré comme l’un des pionniers du reportage en couleur, nous propose une immersion dans cette ville en pleine expansion qui a accueilli très récemment l’Exposition Universelle de 2010, à travers une vingtaine de clichés répartis entre les deux salles de la galerie. La plupart d’entre eux a été réalisée au printemps et à l’été 2010, mais certains datent de 1980 et sont inédits.

Bruno Barbey est un habitué de la Galerie Lipao-Huang ; il a en effet participé aux « Femmes au pays du matin calme » et à « Made in India », respectivement en février et mai 2010, mais c’est la première fois qu’une exposition lui est entièrement consacrée entre ces murs.

Le parcours débute avec plusieurs vues nocturnes de bâtiments aménagés pour l’Exposition Universelle, comme celui d’Expo Axis, situé à l’entrée du site, ou celui de la Communication informatique, tout de lumières vêtus. Les prises de vue sur ce thème se succèdent, certaines avec des visiteurs patientant devant les installations ou flânant entre elles, une autre avec des soldats de l’armée populaire de la libération (PLA) défilant devant le pavillon de la Chine.

L’humour n’est pas non plus absent du travail de Bruno Barbey avec une mise en abime d’un photographe en plein travail ou la photographie de photographies, ainsi que plusieurs trompes-l’œil mettant en scène des affiches plus vraies que nature.

Outre l’Exposition Universelle, le photographe nous présente quelques instants de vie des Shanghaiens à travers des images du quotidien : sortie du métro, ballade en amoureux le long du Bund, partie de mah-jong ou construction d’un édifice par des ouvriers. La poésie de ces moments contraste avec la construction rigoureuse de l’espace photographique. Le regard de l’artiste révèle la beauté des structures métalliques des édifices, magnifiées par les jeux de lumière(s) et donne une sensibilité nouvelle à des choses ordinairement triviales. Deux ouvriers près de l’Oriental Pearl à Pudong qui en est sans aucun doute l’exemple le plus remarquable, incarne à lui seul toute cette poésie urbaine.

En quelques clichés, le visiteur est entrainé d’un cadre urbain ultramoderne à un décor de ruelles insalubres renfermant des bâtiments en piteux état dans un quartier populaire de la ville. Si l’exposition fait la part belle à l’architecture et à la ville, la dimension humaine, sous forme de groupes ou de personnes solitaires, de portraits ou de silhouettes, n’est pas moins omniprésente. Tous ces anonymes, marchands ambulants, jeunes mariés, ouvriers ou musiciens des rues, incarnent les différents visages, les multiples facettes de la Chine actuelle, en pleine mutation. La modernité matérialisée par une architecture futuriste aux éclats métalliques côtoie les traditions, incarnées par ces vieux joueurs de mah-jong ou par ces jeunes mariés posant en costume traditionnel ancien de couleur rouge.

Ainsi s’achève notre incursion dans la ville chinoise la plus occidentalisée, la « Perle de l’Orient » (du nom de la tour de télévision érigée dans le district de Pudong et achevée en 1995).

Par ailleurs, cette exposition s’inscrit dans le cadre du « Parcours Photos de Saint-Germain-des-Prés » qui réunit trente expositions autour de la photographie du 04 au 30 novembre.

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Exposition « Lever de voile sur Canton – Guangzhou »

« Vous serez intéressé de voir comment un peintre français est devenu asiatique en vivant à Canton et comment des artistes chinois se sont occidentalisés notamment à son contact ».

La Galerie Lipao-Huang nous invite à découvrir ce mois-ci une exposition d’art contemporain chinois à travers les œuvres picturales et photographiques de trois artistes issus de l’Empire du Milieu. Tandis que l’exposition précédente présentait un travail à plusieurs mains, celle-ci nous propose différentes visions de la ville de Canton (ou Guangzhou) sous les pinceaux de Chen Ben,Wei Kejian et de Pascal Maljette.

Guangzhou est la capitale de la province du Guangdong dans la Chine méridionale. Troisième ville la plus peuplée du pays avec près de 15 millions d’habitants, elle est aussi la quatrième ville économique, après Hongkong, Shanghai et Pékin (Beijing). De part sa position géographique, et notamment de sa proximité avec Hong Kong, Guangzhou connait une rapide croissance économique depuis les années 1980, couplée à une croissance démographique exponentielle, qui font d’elle un centre économique et commercial d’importance nationale. Ce contexte socio-économique faste favorise l’émergence d’une nouvelle population, très aisée, amatrice d’art et férue de créations contemporaines. Les collectionneurs et mécènes ont tendance à privilégier le marché local, délaissant les grandes villes artistiques comme Beijing ou encore Shanghai. Car, contrairement aux artistes de ces mégalopoles, pour la plupart soumis aux exigences plastiques et économiques engendrées par la pression du marché international, les Cantonais ont su conserver une certaine simplicité.

Si le travail des trois peintres témoigne d’une approche différente de leur ville et de ses habitants, la femme y tient néanmoins une place prépondérante. En effet, dans le cas de Chen Ben, artiste reconnu en Chine mais également au niveau international – il a notamment exposé au Canada, en France et au Japon – la féminité est abordée sans équivoque, à travers des représentations de jeunes femmes grandeur nature à la nudité complète. Mais ces nus sont traités de manière voluptueuse et désirable, tout en douceur et poésie. Et ils sont partiellement intégrés par transparence dans un décor abstrait aux couleurs plus ou moins vives et aux allures de graffitis ou de résidus d’affiches collées sur les murs. Le titre donné à cette série de toiles, « City Tattoo », nous conforte d’ailleurs dans cette idée de cadre urbain. Pour Marianne Bastid-Bruguière, sinologue réputée de l’Académie des sciences morales et politiques, « la vie urbaine génère une nouvelle Chinoise, professionnelle, active, consommatrice, sexuellement très différente de ses aïeules ». La représentation de la femme chez Chen Ben est bien évidemment en rupture avec l’image traditionnelle de la femme chinoise. L’artiste prend le parti de nous montrer des femmes résolument modernes et épanouies, qui assument leur féminité et leur corps, loin de la vision stéréotypée de la femme chinoise que conservent trop souvent les Occidentaux.

Wei Kejian, qui de par la scénographie de l’exposition côtoie Chen Ben, nous donne à voir une image toute autre de la femme, qu’il choisi de représenter sous des traits bruts et des corps aux formes lourdes, loin des couleurs chatoyantes et des lignes arrondies de son homologue. Ces corps et ces visages ne sont pas sans rappeler les sculptures et les masques des arts dits « premiers », qui ont considérablement influencé l’art occidental des premières décennies du XXe siècle et qui connaissent un regain d’intérêt depuis le début des années 2000. Rien ne laisse penser qu’il s’agit du travail d’un artiste chinois, à l’exception, peut-être, de ses paysages qui témoignent de l’omniprésence de la nature dans la peinture chinoise.

Enfin, Pascal Maljette, seul peintre français expatrié en Chine de l’exposition, propose aux visiteurs neuf huiles sur toiles et deux photographies couleurs qui dévoilent certains aspects de la vie à Guangzhou, à travers ses habitants ou des objets issus de leur quotidien. Le choix des objets, des couleurs et le point de vue adopté témoignent d’une volonté d’assimilation, d’interprétation et d’affirmation de sa culture d’adoption. L’étoile rouge, apposée sur plusieurs toiles et photographies, par exemple, constitue un fil conducteur à travers les différentes œuvres de l’exposition. Dans l’imaginaire collectif, elle rappelle bien évidemment les étoiles du drapeau de la République Populaire de Chine, et plus généralement le symbole du communisme. En outre, la présence de livres rouges dans les toiles Young Lady et Library, peut être vue comme une référence aux petits livres rouges de Mao, recueils de discours publiés par le gouvernement à partir de 1964.

Dans le cas de la série des toiles abstraites intitulée Guangzhou Street, nous sommes invités à adopter le point de vue que possède l’artiste de sa fenêtre. Des personnes marchent, se croisent, se rencontrent, se mêlent les unes aux autres, dans des tourbillons de couleurs pastelles qui figurent leurs mouvements et l’effervescence de la société chinoise. Les scènes sont vues de plus ou moins près selon les toiles, mais sont toutes ancrées dans un décor grisâtre qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère chargée, polluée des villes modernes.

Par ailleurs, Maljette aborde lui aussi le thème de la féminité, mais à travers des objets significatifs, comme un escarpin noir négligemment posé (Thanks For Last Night) ou un morceau de tissu blanc – culotte ou mouchoir ? – délicatement tendu (Free). L’artiste s’explique à propos de cette dernière toile : « La série Free observe l’adolescence féminine chinoise. Pièce maitresse de la société, elle joue avec sa féminité, conquise et qui s’affirme jour après jour, la revendique et la défend ».

Une exposition à voir donc, avant que le voile ne retombe sur Canton – Guangzhou, le 30 octobre.

Et pour découvrir d’autres facettes de l’art contemporain cantonnais, je vous invite à assister à la conférence de Georges Maisonneuve, le commissaire de l’exposition, le samedi 02 octobre à 16h à la galerie Lipao-Huang.

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Florianne Le Thiez Carotenuto

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« Quatre mains pour un zodiaque chinois »

Le mardi 29 juin 2010 a eu lieu le vernissage de l’exposition « Quatre mains pour un Zodiaque Chinois » mettant en scène des toiles de l’artiste français Jean Dolande et de son homologue d’origine roumaine, Rody, dans la Galerie Lipao-Huang. Comme le titre de l’exposition l’indique clairement, les œuvres présentées sont le fruit d’une étroite collaboration entre les deux artistes. De retour de l’Exposition Universelle de Shanghai où ils ont exposé pour le pavillon français, ces derniers nous offrent une vision personnelle et occidentale d’un sujet hautement symbolique et d’une grande importance dans la culture chinoise.

Il existe plusieurs variantes de la légende des douze animaux du zodiaque chinois permettant d’expliquer leur place respective dans le calendrier, selon leur physionomie et leur caractère. Mais il est toujours question d’une course pour rejoindre le palais de l’Empereur de Jade, à la demande de ce dernier. Après de nombreuses luttes entre les différents protagonistes, l’ordre suivant fut finalement établi : le rat, le bœuf, le tigre, le lièvre, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon qui se partagèrent alors le cycle duodécimal du calendrier chinois.

Douze toiles pour douze signes astrologiques, mêlant figuration et abstraction, voilà ce que nous propose la Galerie Lipao-Huang jusqu’au 31 juillet 2010. Sur des fonds monochromes alternativement rouges, blancs et noirs, se détachent les figures animales colorées de Rody qui se fondent plus ou moins dans un décor abstrait où les coulées de peintures amalgamées conservent la trace de la main de Dolande.

A cette série installée dans la première salle de la galerie s’ajoute, dans la salle attenante, un parcours original instauré par Dolande, composé de six toiles couplées à six sculptures par le biais d’un châssis métallique et intitulé « Red Line ». « Red Line » ou la ligne rouge que l’homme transgresse, bafoue à de nombreuses reprises et que l’artiste tend à dénoncer à travers son installation. Sujets tristement d’actualité, la famine, la pédophilie, le génocide, le sida, la libération de la femme ou encore la pollution, nous sont présentés par des sculptures en résine, émergeant de la cuvette de toilettes, le tout surmonté d’une toile abstraite. Le noir profond, et surtout le rouge sang, sont les deux couleurs qu’utilise Dolande pour recouvrir intégralement ses assemblages. La vivacité de la touche abstraite combinée à l’intensité des couleurs, ainsi qu’à la violence des thèmes illustrés interpellent les sens, oppressent et dérangent les spectateurs en les mettant face à leurs propres doutes et échecs. « Red Line » pousse à la réflexion sur l’avenir de la société, de l’homme et de la planète, et à la remise en cause des actions de chacun d’entre nous, dans l’espoir d’aboutir à une prise de conscience de la situation actuelle. Dolande dénonce les fléaux de l’humanité qui, à trop transgresser les limites, court à sa perte. Dans la seconde salle de la galerie la tension et la chaleur sont palpables ; on se croirait presque en enfer.

C’est sous la forme d’une septième cuvette de toilette – de couleur blanche cette fois-ci – débordant de boules d’une couleur identique figurant les « atomes de vie », qu’apparait la rédemption de l’homme. En effet, à l’image de Jean Dolande lors de sa performance le soir du vernissage, démolissant ce dernier assemblage à l’aide d’une masse couleur rouge sang, libérant ainsi les « atomes de vie », l’homme peut prendre en main son existence et briser les chaines qui l’entravent. Il est intéressant de noter la confrontation entre la dénonciation de l’action destructrice de l’homme à travers les six assemblages rouges, la passivité du spectateur assistant à la démolition du septième et l’action de l’artiste. A la suite de cela, il ne s’agit plus pour le spectateur d’être passif ou actif dans sa propre destruction, mais de devenir acteur de son salut.

Florianne Le Thiez Carotenuto

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