Exposition « Lever de voile sur Canton – Guangzhou »
Vendredi, 17 septembre 2010
« Vous serez intéressé de voir comment un peintre français est devenu asiatique en vivant à Canton et comment des artistes chinois se sont occidentalisés notamment à son contact ».
La Galerie Lipao-Huang nous invite à découvrir ce mois-ci une exposition d’art contemporain chinois à travers les œuvres picturales et photographiques de trois artistes issus de l’Empire du Milieu. Tandis que l’exposition précédente présentait un travail à plusieurs mains, celle-ci nous propose différentes visions de la ville de Canton (ou Guangzhou) sous les pinceaux de Chen Ben,Wei Kejian et de Pascal Maljette.
Guangzhou est la capitale de la province du Guangdong dans la Chine méridionale. Troisième ville la plus peuplée du pays avec près de 15 millions d’habitants, elle est aussi la quatrième ville économique, après Hongkong, Shanghai et Pékin (Beijing). De part sa position géographique, et notamment de sa proximité avec Hong Kong, Guangzhou connait une rapide croissance économique depuis les années 1980, couplée à une croissance démographique exponentielle, qui font d’elle un centre économique et commercial d’importance nationale. Ce contexte socio-économique faste favorise l’émergence d’une nouvelle population, très aisée, amatrice d’art et férue de créations contemporaines. Les collectionneurs et mécènes ont tendance à privilégier le marché local, délaissant les grandes villes artistiques comme Beijing ou encore Shanghai. Car, contrairement aux artistes de ces mégalopoles, pour la plupart soumis aux exigences plastiques et économiques engendrées par la pression du marché international, les Cantonais ont su conserver une certaine simplicité.
Si le travail des trois peintres témoigne d’une approche différente de leur ville et de ses habitants, la femme y tient néanmoins une place prépondérante. En effet, dans le cas de Chen Ben, artiste reconnu en Chine mais également au niveau international – il a notamment exposé au Canada, en France et au Japon – la féminité est abordée sans équivoque, à travers des représentations de jeunes femmes grandeur nature à la nudité complète. Mais ces nus sont traités de manière voluptueuse et désirable, tout en douceur et poésie. Et ils sont partiellement intégrés par transparence dans un décor abstrait aux couleurs plus ou moins vives et aux allures de graffitis ou de résidus d’affiches collées sur les murs. Le titre donné à cette série de toiles, « City Tattoo », nous conforte d’ailleurs dans cette idée de cadre urbain. Pour Marianne Bastid-Bruguière, sinologue réputée de l’Académie des sciences morales et politiques, « la vie urbaine génère une nouvelle Chinoise, professionnelle, active, consommatrice, sexuellement très différente de ses aïeules ». La représentation de la femme chez Chen Ben est bien évidemment en rupture avec l’image traditionnelle de la femme chinoise. L’artiste prend le parti de nous montrer des femmes résolument modernes et épanouies, qui assument leur féminité et leur corps, loin de la vision stéréotypée de la femme chinoise que conservent trop souvent les Occidentaux.
Wei Kejian, qui de par la scénographie de l’exposition côtoie Chen Ben, nous donne à voir une image toute autre de la femme, qu’il choisi de représenter sous des traits bruts et des corps aux formes lourdes, loin des couleurs chatoyantes et des lignes arrondies de son homologue. Ces corps et ces visages ne sont pas sans rappeler les sculptures et les masques des arts dits « premiers », qui ont considérablement influencé l’art occidental des premières décennies du XXe siècle et qui connaissent un regain d’intérêt depuis le début des années 2000. Rien ne laisse penser qu’il s’agit du travail d’un artiste chinois, à l’exception, peut-être, de ses paysages qui témoignent de l’omniprésence de la nature dans la peinture chinoise.
Enfin, Pascal Maljette, seul peintre français expatrié en Chine de l’exposition, propose aux visiteurs neuf huiles sur toiles et deux photographies couleurs qui dévoilent certains aspects de la vie à Guangzhou, à travers ses habitants ou des objets issus de leur quotidien. Le choix des objets, des couleurs et le point de vue adopté témoignent d’une volonté d’assimilation, d’interprétation et d’affirmation de sa culture d’adoption. L’étoile rouge, apposée sur plusieurs toiles et photographies, par exemple, constitue un fil conducteur à travers les différentes œuvres de l’exposition. Dans l’imaginaire collectif, elle rappelle bien évidemment les étoiles du drapeau de la République Populaire de Chine, et plus généralement le symbole du communisme. En outre, la présence de livres rouges dans les toiles Young Lady et Library, peut être vue comme une référence aux petits livres rouges de Mao, recueils de discours publiés par le gouvernement à partir de 1964.
Dans le cas de la série des toiles abstraites intitulée Guangzhou Street, nous sommes invités à adopter le point de vue que possède l’artiste de sa fenêtre. Des personnes marchent, se croisent, se rencontrent, se mêlent les unes aux autres, dans des tourbillons de couleurs pastelles qui figurent leurs mouvements et l’effervescence de la société chinoise. Les scènes sont vues de plus ou moins près selon les toiles, mais sont toutes ancrées dans un décor grisâtre qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère chargée, polluée des villes modernes.
Par ailleurs, Maljette aborde lui aussi le thème de la féminité, mais à travers des objets significatifs, comme un escarpin noir négligemment posé (Thanks For Last Night) ou un morceau de tissu blanc – culotte ou mouchoir ? – délicatement tendu (Free). L’artiste s’explique à propos de cette dernière toile : « La série Free observe l’adolescence féminine chinoise. Pièce maitresse de la société, elle joue avec sa féminité, conquise et qui s’affirme jour après jour, la revendique et la défend ».
Une exposition à voir donc, avant que le voile ne retombe sur Canton – Guangzhou, le 30 octobre.
Et pour découvrir d’autres facettes de l’art contemporain cantonnais, je vous invite à assister à la conférence de Georges Maisonneuve, le commissaire de l’exposition, le samedi 02 octobre à 16h à la galerie Lipao-Huang.
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Florianne Le Thiez Carotenuto
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